Un leader peut-il être proche de tout le monde ?
- Rodrigue
- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

Aujourd'hui, on va aborder un sujet ultra-sensible. Un sujet qui crée des tensions dans presque toutes les organisations (entreprises, associations, ONG...), mais dont personne n'ose parler ouvertement. Un leader peut-il — et doit-il — avoir la même relation avec tout le monde ?
Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi votre boss semble plus proche de certains collègues Si vous vous êtes déjà senti exclu d'un "cercle privilégié" Ou si vous êtes le leader et que vous culpabilisez de ne pas accorder le même temps à chacun de vos collaborateurs, cet article est pour vous. On va déconstruire le mythe du "favoritisme", comprendre pourquoi cette dynamique est en réalité vitale pour l'entreprise, et surtout, vous montrer que vous n'avez absolument pas besoin d'être l'ami intime du patron pour réussir brillamment.
1. Le problème des "chouchous" dans les couloirs
Soyons honnêtes. Dans chaque organisation, les murmures finissent toujours par arriver : "Ah, lui c'est le chouchou du boss" ou "Elle, elle a ses entrées directes au Comex..."
Ces perceptions créent des jalousies, des frustrations, et poussent parfois des talents brillants vers la sortie, persuadés qu'ils sont hors du "cercle". De l'autre côté, je vois des managers épuisés qui tentent désespérément d'être "équitables" et lisses avec tout le monde et qui finissent par ne plus rien piloter du tout.
Mais avant de chercher à entrer dans les petits papiers du chef, posons-nous la vraie question : Est-il normal qu'un leader soit plus proche de certaines personnes ?
La réponse va peut-être vous surprendre : OUI. C'est normal, et c'est même structurellement nécessaire. Attention, je ne parle pas ici de népotisme toxique, mais de stratégie organisationnelle.
2. Confondre l'affectif et le stratégique
La première erreur est de confondre la relation personnelle et la relation professionnelle.
La relation personnelle est basée sur l'affinité naturelle, l'humour partagé, l'émotionnel.
La relation professionnelle est stratégique. Elle est basée sur les compétences, l'engagement dans la mission, la maturité et l'alignement avec la vision.
Un bon leader est souvent obligé de développer une relation professionnelle étroite avec un collaborateur clé, même s'il n'a aucune affinité personnelle avec lui en dehors du bureau. Pourquoi ? Parce que cette personne détient une compétence ou un rôle essentiel pour la mission. La proximité avec le leader n'est donc pas une question d'amitié, c'est une question de rôle.
3. Le problème mathématique (et biologique) de l'équité
Même s'il le voulait, un leader peut-il avoir une relation intense avec tout le monde ? La science répond non. L'anthropologue britannique Robin Dunbar a démontré que la taille de notre néocortex limite le nombre de relations sociales stables que nous pouvons maintenir à environ 150 personnes. Même si Ce chiffre n'est pas exact et que la justification de Dunbar concernant le néocortex a été remise en question, cette logique correspond à mon expérience.
Si votre organisation compte 200, 500 ou 1000 employés, il est physiologiquement et mathématiquement impossible pour le dirigeant d'être proche de tout le monde. Tenter de le faire mène directement au burn-out du leader et à la paralysie de l'entreprise.
4. La solution : Les 4 cercles d'influence
Pour être efficace sans s'épuiser, un leader doit structurer son influence. C'est ce que je détaille dans mon livre Structurer son leadership. L'influence s'organise naturellement en 4 cercles concentriques :
🌍 CERCLE 1 : La Foule (40% de l'énergie du leader)
Qui : Le grand public, les clients, l'ensemble des collaborateurs.
La relation : Inspirante mais indirecte (discours, newsletters, réunions globales).
Intimité : Faible, mais l'impact est très large.
👥 CERCLE 2 : Les 70 (30% de l'énergie)
Qui : Le management intermédiaire, les chefs de projets, les relais opérationnels.
La relation : Opérationnelle. Le leader forme, délègue, donne du feedback.
Intimité : Moyenne. C'est structuré et professionnel.
⭐ CERCLE 3 : Les 12 (20% de l'énergie)
Qui : Le comité de direction, les piliers stratégiques.
La relation : Stratégique. Ils co-construisent l'avenir de l'entreprise et prennent les décisions lourdes.
Intimité : Élevée. La confiance mutuelle doit être totale.
💎 CERCLE 4 : Les 3 (10% de l'énergie)
Qui : Le cercle intime, les confidents, les successeurs potentiels.
La relation : Vulnérable et transformationnelle. C'est là que le leader teste ses idées les plus folles et avoue ses doutes.
Intimité : Maximale.
Plus vous vous rapprochez du centre, plus le cercle est restreint, mais plus l'impact mutuel est profond. Ce n'est pas du favoritisme, c'est de l'allocation stratégique de la ressource la plus rare d'un leader : son temps.
5. Avez-vous besoin d'être dans le "Cercle des 3" pour exister ?
Absolument pas. Vous n'avez pas besoin d'être l'ami intime du boss pour trouver votre place, briller et progresser. Voici pourquoi :
Chaque cercle a une valeur inestimable. Une entreprise avec seulement un Comex (les 12) mais sans collaborateurs engagés (la Foule/les 70) est une coquille vide.
L'impact ne dépend pas de la proximité. Vous pouvez être dans la "foule" (exécutant de talent, innovateur discret) et avoir un impact massif sur les résultats de l'entreprise sans jamais dîner avec le PDG.
Les cercles sont poreux. L'engagement, la compétence, la loyauté et la prise d'initiative sont les clés qui permettent de passer naturellement d'un cercle à l'autre au fil du temps.
Si vous êtes leader : Arrêtez de culpabiliser parce que vous ne passez pas le même temps avec tout le monde. Structurez vos cercles. C'est votre devoir pour la survie de l'organisation.
Si vous êtes collaborateur : Arrêtez de mesurer votre valeur professionnelle à votre distance physique ou émotionnelle avec le grand patron. Mesurez-la à votre impact réel dans votre propre sphère d'influence. L'excellence est le meilleur moyen de se faire remarquer.




Commentaires